22.05.2012
Nous continuons a travailler au Mali ! Mobilisons-nous.

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20.05.2012
Témoignage de Adama Traoré, président de l’Association Terres Jaunes-Mali et responsable du projet Doni Blon » sur la situation actuelle au Mali
Avec les récents évènements qui se déroulent au Mali, les gens doivent se demander si ce n'est pas difficile, voire impossible, de concrétiser des projets comme le nôtre ? N’était-il pas « utopique » de mettre en place un centre de formation dans les métiers « liés au tourisme » dans la conjoncture actuelle ? « J’ai envie de dire et d’avouer que c’est difficile, mais pas impossible. Notre activité est basée sur le tourisme, certes l’arrivée des touristes occidentaux est fortement compromise avec la situation actuelle, mais notre structure s’est donné la mission de développer d’autres services liés au secteur du tourisme. Notre concept trouve dès lors tout son sens actuellement dans notre pays. Les jeunes formés dans notre centre pourront développer à Ségou un service de qualité et donner ainsi à cette région la possibilité de faire face à la délocalisation des grandes rencontres qui se font à Bamako. Ici à Ségou, notre ville tente aussi de développer un tourisme dit « local » à l’attention des Maliens qui ont vécu en Europe et qui cherchent à sortir de la capitale les Week End. L’organisation de notre pays est loin d’être stable actuellement et je me dois plus que jamais de crédibiliser le « Doni Blon » et son action envers la jeunesse locale qui doit continuer à être soutenue et valorisée. Nous ne nous les abandonnerons pas ! Il est de notre devoir, nous acteurs de la coopération avec nos amis suisses, d’être présents et ne pas délaisser la société civile face au chaos. La fuite des volontaires occidentaux en charge des projets de développement (souvent initiés par leur propre gouvernement et non par eux-mêmes) n’a été que le révélateur pour les populations locales d’un incompréhensible abandon. La situation à Ségou demeure calme, loin des conflits au Nord et des remous confus qui règnent à Bamako. Liés nos formations aux métiers du tourisme, n’est pour nous qu’un « prétexte » pour justement offrir une vaste possibilité d’enseignement des disciplines touchant à ce secteur. Le tourisme est une activité aux multiples emplois connexes. Il nous donne la chance d’initier nos apprenants à une grande diversité d’apprentissage (outre les branches théoriques, français, anglais, informatique, comptabilité, hygiène, ils ont l’opportunité de pratiquer et de participer à des modules ponctuels de grande qualité tels que la pâtisserie, l’éthique, l’hygiène…etc). Quoiqu’il se passe au Mali, à l’avenir, nos bénéficiaires auront grâce à cette opportunité de polyvalence une réelle chance de s’insérer dans la vie active. Comment y a-t-il moyen de travailler dans ce pays sans gouvernement qui connait une forte famine et une montée de l'intégrisme ? « C’est ici que se situe notre plus grande difficulté. Nous ne savons pas à qui nous adresser administrativement puisque le prochain gouvernement n'a pas encore été démocratiquement élu. Il faut s’avoir qu’il y a un risque de famine latente. Actuellement ce sont les régions du nord justement qui sont les plus touchées. Le Mali a toujours été un pays laïc, je pense sincèrement qu’il le restera, car le peuple n’acceptera pas l’instauration de la charia ici. La menace qui plane est sans aucun doute une difficulté pour la bonne marche d’un projet comme le nôtre, mais nous ne devons pas faiblir, nous devons continuer au contraire à tenir les rênes de nos activités pour réaffirmer nos convictions et combattre la situation actuelle avec nos moyens pacifiques et empreints de solidarité. En quelque sorte, nous nous devons de continuer de montrer l'exemple.Nos interlocuteurs locaux (gouverneur, maire, élus et partenaires techniques) ont déserté leur poste ce qui va sans doute ralentir notre processus de validation d’agrément et de cursus pédagogique, mais tout le travail entreprit jusqu’à présent n’aura pas à souffrir à l’avenir d’un éventuel rementellement politique, car les buts communs que se sont fixés nos associations et les ministères maliens concernés demeureront, je crois, inchangés. Proposer un outil concret d’apprentissage tel que le nôtre en faveur de la jeunesse malienne restera une priorité urgente et efficace pour combattre le chômage des jeunes dans ce pays. Pour faire vivre notre centre de formation alors que les prix des produits alimentaires ne cessent d'augmenter, nous avons pris des mesures de maitrises de certaines charges pour faire face à cette inflation. Nous avons mis par exemple un petit maraichage en place dans la cour de notre Centre de formation qui va sensiblement diminuer les frais de nos dépenses en ce qui concerne les achats de légumes que nous avons besoin pour nos cours et la promotion de nos repas traiteur. Nous faisons aussi très attention à la consommation d’eau et d’électricité en vue sans doute d’une certaine pénurie, c'est un simple devoir de citoyen et nous sensibilisons nos jeunes sur les moyens de faire face à ces éventualités. Nos jeunes ont suivi dernièrement un module ponctuel de pâtisserie durant un mois, les produits (croissants, viennoiseries, gâteaux) confectionnés lors de cette pratique étaient ensuite vendus pour une somme dérisoire aux participants et le surplus écoulé à la clientèle extérieure (en livraison) très intéressée de pouvoir se sustenter à moindre prix et goûter ainsi le travail de nos apprenants. Il en va de même avec la cantine de notre centre de formation qui doit « débiter » quotidiennement une trentaine de repas, et qui est le champ pratique de notre filière restauration. C’est-à-dire, que la moitié de nos élèves, prépare en matinée ce qui sera servi à tout le monde le midi. Ce qui nous donne une nouvelle fois la possibilité de lier la pratique avec un besoin matériel de notre projet. Indirectement, avec ces postes « restauration », nous touchons un large groupe de personnes que nous pouvons nourrir et qui n’ont malheureusement pas en temps normal la possibilité de manger décemment. Face à cette jeunesse tentée de rejoindre les troupes d’Aqmi notre programme ici trouve tout son sens ! Tous ces jeunes vivaient en majorité de tourisme, d'agriculture et d’autres petites activités économiques sources de revenus subsistenciels dans notre zone. Avec la « disparition » ou le ralentissement de ces différents secteurs, ils n’ont plus beaucoup d'espoir, AQMI devient alors pour eux une planche de « salut ». En plus de notre mission de formation, nous nous sommes donné aussi l’objectif de développer leur propre leadership, un esprit de travail, d’innovation, d’engagement pour un développement endogène de leur communauté. Nous espérons ainsi qu’ils se généreront eux même un revenu sur leur permettant de se prendre en main et de se bâtir leur propre plan de carrière, pourquoi pas ?Avoir un boulot, pouvoir accéder aux besoins de sa propre famille et surtout s’instruire ne donne pas du tout l’envie à des jeunes de s’enrôler pour une cause qui reste somme toute fort nébuleuse. Je crois que l’islamisation radicale ne peut s’opérer et s’insuffler qu’auprès de jeunes en perdition, où la misère et le manque total d’avenir les laissent en proie à l’endoctrinement. J’ai grand espoir en la jeunesse malienne, car ils ont été élevés avec des valeurs qui ne sont absolument pas appliquées actuellement. Nos jeunes forts de l’instruction acquise en nos murs se sentiront armés justement pour faire face à l’intégrisme. Nous avions au sein de notre équipe (notre professeur d’hébergement) issue de la communauté touareg, qui a du s’enfuir avec sa famille lors des manifestations hostiles à Bamako envers ce peuple. Bien qu’il aimait son poste, remplissait son rôle de formateur avec professionnalisme, il ne se sentait plus en sécurité au Mali. Nous avons tous été, y compris nos élèves, bouleversés par cette montée du racisme intercommunautaire. Actuellement nous perdurons nos activités sur place, nous entrons dans la deuxième phase dans laquelle les jeunes continuent leur apprentissage en faisant de plus en plus de pratique. Nous concentrons tous nos efforts sur la commercialisation du « Doni Blon ». Pour que les apprenants puissent diversifier leur connaissance, nous recherchons toutes les sources d’accès à la clientèle. Nos partenariats avec des structures privées à Ségou (banques, commerces…etc) commencent à se concrétiser afin que nous puissions offrir notre service traiteur et accueillir ce potentiel de notables dans notre restaurant. En tout cas, nous recevons de la part de toute notre localité son plus vif encouragement ce qui nous met à tous du baume au cœur et nous certifie que notre projet est vraiment efficient et novateur ! Nous encourageons évidemment nos partenaires suisses à ne pas baisser les bras et continuer notre collaboration malgré ces récents obstacles.
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Tourism for Help (TfH), une association genevoise s’engage auprès de Terres Jaunes-Mali pour aider des jeunes maliens à se former !
Cette association a été mise sur pied en 2004, baptisée « Tourism for Help » (TfH), elle se base sur un concept novateur : proposer aux jeunes défavorisés des formations dans le secteur de la restauration et de l’hébergement afin, qu’à terme, ils s’insèrent dans le monde professionnel de leur pays. Pour l’association : "Le tourisme responsable doit être un tourisme viable d’un point de vue économique, social et environnemental ». A ce jour, ce concept a déjà fait ses preuves au Cambodge depuis 2007. Près d’une septantaine de jeunes, parmi les plus démunis, ont bénéficié de formations dans les métiers liés au tourisme. En appliquant le « learning by doing », apprendre en pratiquant, les jeunes testent ensuite leur connaissance « in situ ». TfH a en effet crée sur place une guesthouse qui accueille le public et notamment les nombreux touristes en transit pour le Laos. En 2009, une des membres du comité de TfH se rend au Mali où s’opère pour elle un véritable coup de cœur ! Ce peuple chaleureux, riche de savoirs et traditions, vit en plein cœur de contrées où tout est à bâtir. L’occasion est toute trouvée pour dupliquer le modèle cambodgien sur le continent africain. Le Mali est un des pays les plus jeunes du monde : en 2005, près de 58% de la population a moins de 15 ans (selon la Banque Mondiale). Mais cette jeunesse ne bénéficie pas d’une formation suffisante et le marché de l’emploi reste inaccessible sans diplôme mais surtout sans qualifications. En 2004, le Mali accusait 30 % de chômage. Les jeunes ont besoin d’apprentissage et de polyvalence. C’est exactement ce que souhaite apporter l’association TfH en implantant un deuxième centre de formation car ils sont convaincus que la formation professionnelle a un rôle important à jouer dans la réduction de la pauvreté et la pérennisation des programmes de développement dans ce pays ». L’Etat ne s’investit pas pour trouver des solutions et préfère se décharger sur les financements des coopérations internationales ou des initiatives de la société civile pour améliorer la situation. Grâce à la Fédération Genevoise de Coopération (FGC), TfH a pu financer son projet au Mali. L’association « Terres Jaunes-Mali », porteuse des mêmes valeurs et objectifs que TfH, s’est vite positionnée comme étant le meilleur partenaire local pour mener à bien ce programme commun. Ensemble, les deux associations ont choisi Ségou, à 230 km de Bamako, pour implanter leur nouveau site baptisé « Doni Blon » ( le Vestibule de la connaissance et de l’apprentissage, en langue Bambara). Ce véritable restaurant et hôtel d’application a ouvert ses portes le 4 janvier dernier. La vingtaine de jeunes déscolarisés, provenant de la région, ont d’ores et déjà entamé leur formation théorique dispensées par des professionnels locaux. Ils passent par l’accueil et la réception, la restauration et les spécificités liées au tourisme. Ils suivent aussi des cours de français, anglais, informatique et comptabilité. Suivront ensuite quelques mois de stages pour s’assurer que les notions pratiques acquises ont bien été intégrées. Ils apprennent encore à répondre au téléphone ou à peaufiner leur C.V. En plus des connaissances, les jeunes prennent aussi conscience que leur avenir passe par la formation et le travail et non par le piège de l’argent facile. Au terme de ces dix mois d’étude, Terres Jaunes-Mali aidera les apprenants dans la recherche de leur futur emploi et leur trouvera des stages pratiques pour clore leur cursus. Des partenariats ont été tissés avec des structures hôtelières ou de restauration de la région. Ensuite…ce sera le marché du travail ou de l’auto-entreprenariat ! Les plus brillants peuvent même espérer trouver un emploi à Bamako, voir dans les pays de la sous-région comme le Burkina ou le Sénégal. La formation dispensée à ces apprenants est entièrement gratuite !
Malheureusement, l’instabilité actuelle du pays éloigne les touristes occidentaux. Mais tout reste à faire dans l’hôtellerie et la restauration au Mali. Aujourd’hui seul Bamako et certaines grandes villes disposent de nombre suffisant en termes d’établissement d’accueil, et il n’existe pratiquement pas de restaurant adéquat à l’intérieur du pays alors que les Maliens sont demandeurs… Du coup, ce projet va développer le concept du tourisme « des nationaux ». Les pays limitrophes, avec lesquels il partage les frontières mais aussi l’histoire représentent aussi un marché potentiel. C’est pourquoi malgré l’instabilité politique et institutionnelle récente du pays, le « Doni blon » doit plus que jamais continuer à barrer la « route » à toutes velléités fanatiques notamment à ceux qui recrutent des jeunes désabusés et compromettent leur avenir. Même dans un pays instable ou en guerre, on a besoin de ce secteur. Le combat de Tfh à travers son partenaire Terres Jaunes-Mali et leur initiative commune, c’est de maintenir ce secteur vivant malgré les difficultés et montrer ainsi qu’ils ne sont pas prêts à laisser ce métier se faire « prendre en otage » pour des groupuscules extrémistes ».
Pour devenir pérènne, « Doni Blon » compte donc sur l’investissement de la population locale de Ségou, c’est pour les maliens un moyen de sortir de chez eux en mangeant au même prix qu’à la maison. Une aubaine lorsque l’on sait que les prix des denrées ont presque doublé en quelques mois. Les entreprises peuvent aussi commander un service traiteur. Un panel de service que le centre a mis au point pour être plus proche de ces clients potentiels plutôt que d’attendre un hypothétique tourisme qui ne vient plus avec la situation politique qui prévaut aujourd’hui. La population locale participe ainsi activement aux valeurs de Tourism for Help et Terres Jaunes-Mali qui sont : le développement local, solidaire et durable. Comment ? En devenant les clients des étudiants, en leur permettant de mettre en pratique ce qu’ils ont appris en théorie, en partageant leur goût de l’échange client-apprentis et évidemment en participant financièrement au projet grâce à la restauration, aux consommations et aux hébergements proposé sur place.
À présent, avec la destitution du président Touré et l’éclatement des violences, des évènements qui n’ont fait que détériorer la situation alimentaire et humaine au Mali donnent encore plus la force de développer ce projet et de soutenir ce peuple chaleureux, pour qui l’échange et l’accueil font partie de sa culture. Le sens de la cordialité et de l’hospitalité malienne, que l’on appelle là-bas la « Diatiguiya», est une tradition séculaire ! Dans ce pays laïc, on vivait en harmonie. Entre la montée de l’islamisation et la crise alimentaire au Sahel, TfH et Terres Jaunes-Mali pourraient baisser les bras. Mais, comme en témoigne ci-dessous le représentant malien du projet, ils se sentent au côté de TfH plus que jamais à leur place pour informer et sensibiliser sur la pertinence d’une telle aventure. Et comme les plus ardents défenseurs d’une véritable démocratie au Mali, elles lancent avec force « je reste » !
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